Poème (d'après Nicanor PARRA) dit par Henri Etienne DAYSSOL.
Poète, il est l'heure de quitter ton piédestal ! Tu n'es pas un alchimiste mais un homme ordinaire, un maçon, avec les mots de tous les jours, un bâtisseur, de portes et de fenêtres. La poésie n'est pas objet de luxe mais de première nécessité, on ne peut pas vivre sans elle ; il est temps que les demi-dieux, les pisseurs d'encre et les rats de bibliothèques soient jugés et démasqués pour construction de citadelles dans les airs, hasardeuse réunion de mots creux martyrisés et rédaction de sonnets à la lune façon dernière mode de Paris. On n'en peux plus des nymphes et des tritons et des signes cabalistiques, sors du brouillard, poète, et que ton cri soit le poème des yeux ouverts, des têtes claires et des poitrines nues. Sois pour nous tous initiateur fédérateur et mobilisateur pas comme tes aînés qui n'ont pas su pour la plupart devenir populaires. Leur poésie fut un désastre : surréalisme périmé, décadentisme faisandé devenus néo-maniérisme patenté sourd à l'évolution de la parole et de l'esprit des gens. Et maintenant poète tu te demandes : "pourquoi ont-ils écrit des trucs pareils ?!" La poésie son écriture et son partage c'est le trésor de tout le monde. Tête froide et coeur bouillant, poète, refuse de t'adresser avec des bulles de savon à un public absent. Tu veux connaître le bonheur des mots vrais partagés : alors contre la poésie des coteries et des cénacles défends la poésie de la place publique. L'heure est venue de quitter ton piédestal !
- Henri Etienne DAYSSOL -