Czeslaw Siekierski, le ministre polonais de l’Agriculture face à la colère paysanne
MAR 02, 2024
Description Community
About

Les agriculteurs polonais ont de nouveau manifesté massivement cette semaine dans les rues de Varsovie et maintiennent la pression à la fois sur leur gouvernement et sur la Commission européenne. Face à la crise, le ministre de l’Agriculture polonais Czeslaw Siekerski est en première ligne : il menace Kiev d’étendre l’embargo à tous les produits agricoles ukrainiens… et il implore Bruxelles d’aider les agriculteurs de son pays.

C’est sans doute la plus grave crise traversée par Donald Tusk depuis sa nomination en décembre dernier. Et, pour l’affronter, le nouveau Premier ministre polonais compte sur l’homme qu’il a nommé au ministère de l’Agriculture. Czeslaw Siekerski, 71 ans, est un homme d’expérience – aussi à l’aise dans les couloirs des administrations européennes qu’auprès des agriculteurs. « Il travaille dans le domaine de la recherche agricole depuis les années 70 », note Vitaliy Krupin, économiste à l’Institut du développement rural de l’Académie polonaise des sciences, « et il a fait sa thèse à l’Université des Sciences de la Vie à Varsovie, il est donc très calé sur les questions d’économie agricole. Ensuite, il est entré en politique et quand la Pologne est devenue membre de l’Union européenne, il a été plusieurs fois élu au Parlement européen. »

Un cursus utile pour négocier avec Bruxelles, mais aussi pour dialoguer sur les barrages routiers formés par les agriculteurs en colère. Car, depuis le mois de janvier, la crise agricole n’a cessé d’empirer, les exploitants polonais multipliant les points de blocage sur les routes et surtout à la frontière ukrainienne. « Il semble que tout le monde ait été surpris par la situation », analyse Vitaliy Krupin, « et personne ne s’attendait à ce que ces manifestations prennent une telle ampleur, à ce que la mobilisation soit aussi large et active. Dans un premier temps, je pense que le gouvernement n’a pas su comment réagir. À présent, il semble qu’il ait décidé de se mettre aux côtés des agriculteurs. Et quand Czeslaw Sikierski s’est rendu à Bruxelles cette semaine, il s’est fait l’écho de leurs revendications, et il a dit que son gouvernement les soutenait. »

Des solutions techniques

Dans la ligne de mire du ministre polonais, il y a le Pacte Vert européen, que les agriculteurs polonais vouent aux gémonies – à l’image de leurs homologues d’autres pays européens. Mais il y a surtout l’afflux des produits agricoles ukrainiens, qui transitent par la Pologne depuis le début de la guerre contre la Russie, faute de pouvoir passer par la mer Noire comme auparavant. Des produits qui arrivent sans droits de douane - décision prise par l'Union européenne pour soutenir l'économie ukrainienne, et qui sont accusés de déstabiliser le marché agricole polonais. Pour y remédier, le nouveau gouvernement formé par Donald Tusk demande deux choses : une aide financière de Bruxelles pour compenser les pertes des agriculteurs polonais, et des solutions techniques pour s’assurer que les produits ukrainiens ne fassent que transiter par la Pologne. « Le chef de gouvernement polonais veut des résultats et des décisions concrètes », pointe Krzysztof Soloch, professeur à la Sorbonne et spécialiste de l’Europe de l’Est. « Comment sécuriser ces transferts de produits alimentaires ukrainiens à travers le territoire polonais ? Il y avait plusieurs solutions : des camions qui devaient être plombés et qui devaient être sécurisés à travers des balises GPS…. Il y avait également aussi la question des quotas qui devaient être mis en place. »

La Pologne espère aboutir rapidement à un accord avec l’Ukraine sur ces questions. Ce sera tout l’enjeu de la rencontre qui doit avoir lieu à la fin du mois entre Donald Tusk et Volodymyr Zelensky. Le temps presse car, si le gouvernement polonais assure que le soutien diplomatique et militaire à l’Ukraine n’est pas impacté par cette crise agricole, au sein de la population polonaise en revanche une certaine lassitude est en train de naître. « Au début de la guerre, il y a deux ans, plus de 72 % des Polonais étaient favorables à l’accueil d’Ukrainiens chez eux et aujourd'hui, ils ne sont plus que 52 %. Donc, on observe une érosion au sein de la population polonaise. » Et puis le nouveau gouvernement polonais va bientôt affronter des élections locales très importantes... et bien sûr les européennes en juin. La Coalition civique de Donald Tusk espère un bon résultat, sur la lancée de sa victoire aux législatives, mais la crise agricole pourrait lui coûter des voix. Au bénéfice notamment de la Confédération, le parti polonais d’extrême droite qui espère profiter dans les urnes de cette colère paysanne.

À lire aussiEn Pologne, la fronde agricole contre les produits venus d'Ukraine se poursuit

Comments